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Le film est présenté pour la 1 ère fois le 20 décembre 1971 à New York.
Malgré son succès planétaire (le film a été élu meilleur film de l'année 1972 par le New York Film Critics Circle) et sa couverture médiatique surabondante, Orange Mécanique est accusé d'entrainer une vague de délinquance juvénile incontrôlable.
Certaines personnes (juges, policiers, journalistes) croient voir dans ce film une apologie de la criminalité comme moyen d'accéder au bonheur.
Le reproche majeur fait à Kubrick à propos de ce film est l'esthétisation de la violence : Alex rêve d'orgie en écoutant la musique de Beethoven, il frappe l'écrivain en freudonnant "Chantons sous la pluie" (Kubrick filme cette scène comme un ballet).
En fait, le problème ne vient pas de la violence en elle-même mais de la manière dont elle est présentée : Alex et ses camarades ne se battent pas pour de l'argent mais simplement pour le plaisir.
Un autre reproche fait à Kubrick est le caractère fasciste du film; Malcolm McDowell en donne une réponse définitive : "L'homme est naturellement mauvais. Les libéraux détestent ce film car ils sont des rêveurs et ce film leur montre la réalité non celle de demain mais celle d'aujourd'hui."
En réponse aux attaques virulentes, Kubrick réplique: "Ce n'est pas parce qu'on filme des nazis qu'on l'est".
Et Kubrick de poursuivre pour se défendre : "Alex, au début du film, représente l'homme dans son état naturel. Lorsqu'on le soigne, cela correspond psychologiquement au processus de la civilisation. La maladie qui s'ensuit est la névrose même de la civilisation qui est imposée à l'individu. Et la libération que reçoit le public à la fin du film correspond à sa propre rupture avec la civilisation. La société génère la violence."


Entre Orange Mécanique et l'Angleterre, une haine tenace se développe progressivement.
Tout commence en fait en février 1972 : le Ministre de l'Intérieur est le premier à déclencher les hostilités en déclarant son intention de bannir le film avant même la première projection publique. "Ce spectacle est une insulte à tous les chrétiens !", dit-il.
En 1973, les responsables d'une série de viols et de meurtres sont ainsi accusés d'avoir vu Orange Mécanique.
La même année, dans le Lancashire, une jeune femme est agressée par un gang qui hurle à tue-tête "Singing in the rain".
Difficile dans ce cas de ne pas faire le rapprochement.
"Nous devons couper les liens horribles que ce film dégénéré a tissés", déclare alors le juge Bailey avant d'envoyer en maison de redressement un adolescent de 16 ans qui avait agressé en habits blancs et chapeau melon noir un camarade à peine plus âgé que lui.
"Nous prenons acte que votre comportement a été inspiré par Orange Mécanique mais cela ne constitue en aucune façon une excuse !"
Après tous ces événements, Kubrick décide, après seulement un an et deux mois d'exploitation triomphale dans le quartier ouest de Londres, de retirer le film des affiches vers la fin 1973, avec la bénédiction de son distributeur, la Warner Bros.
Le seul commentaire de Kubrick fut : "Too many rivals of Alex in England" (trop de rivaux d'Alex en Angleterre).
Bizarrement, cette décision n'aura de retentissement international qu'en 1979, quand le National Film Theatre envisage de présenter l'oeuvre maudite dans le cadre d'une rétrospective consacrée au cinéaste. Insérée dans le catalogue officiel de ce mini-festival, une notice disait: "A notre grand regret, nous sommes dans l'impossibilité de montrer ce film important dans la carrière de M. Kubrick. Alors que ce catalogue était en phase d'impression, nous avons appris qu'Orange Mécanique était définitivement interdit de distribution."
Le film n'a pas fini de subir les effets dévastateurs de cette auto-censure, puisqu'à ce jour, il est toujours banni des grands et petits écrans d'Angleterre.
S'il est aujourd'hui légal d'importer une copie du film en vidéo ou en laserdisc, la législation britannique considère encore que sa circulation, sa copie et sa représentation publique relèvent du délit à caractère criminel.
Bravant l'interdit, le cinéma Scala a récemment été traîné en justice non pas pour avoir projeté le film en particulier, mais pour l'avoir diffusé en public sans l'autorisation du propriétaire des droits, Stanley Kubrick lui-même.
Partout ailleurs, on peut trouver le film en vidéo, qu'il s'agisse de cassettes ou de laserdiscs.
A Paris, il n'a pratiquement jamais quitté l'affiche : 26 ans après sa sortie en salle, on peut toujours voir le film dans le cinéma suivant :

cinéma Saint Lambert

6, rue Péclet
75015 Paris
M° Vaugirard (ligne 12 Porte de la Chapelle - Mairie d'Issy)
Tél : 01.45.32.91.68
Rens : 08.36.68.96.99 (2,23 F / mn)
séance le dim à 21h20 en v.o (int - 16 ans)
prix de la place : 38 F

Pourtant, le film n'est disponible en vidéo en France que depuis le 15 février 1996, soit 25 ans après sa sortie en salle. Il passe à la télévision pour la 1 ère fois le 14 novembre 1996 sur une chaine cryptée, Canal +, le jour de la mise en place de la nouvelle signalétique pour la protection de l'enfance et de l'adolescence.
Le film, prévu au départ à 20h30, fut en fait diffusé à 22h40, "en raison de la violence de certaines scènes".
Le 7 Mars 1999, le soir même de la disparition de Stanley Kubrick, une chaîne publique, France 2, diffuse enfin Orange Mécanique à 22h40 ! (petite précision : le film est interdit aux moins de 16 ans).



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Copyright © 1999 Thierry Roy