Les hommages de la Télévision française


TF1, France 2, France 3 et Canal + ont rendu un hommage à Stanley Kubrick le soir même de sa disparition :
  .* les journaux télévisés de 20h ont retracé à leur façon la carrière de Stanley Kubrick

  .* France 2 a diffusé le soir même à 22h40 un hommage présenté par Frédéric Mitterand suivi de la diffusion du film "Orange Mécanique" en VF

  .* France 3 a diffusé le lendemain, le lundi 8 mars, Full Metal Jacket en VF
 
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* France 3 a diffusé le mercredi 10 mars une émission spéciale "Stanley Kubrick" suivi du film 2001 Odyssée de l'Espace en VO

* Canal + a diffusé le mardi 1er septembre un documentaire intitulé "A la recherche de Stanley Kubrick"

Journal de 20 h de France 2   - dim 07 mars 99 -  (durée : 2mn20)
...Il débouche en pleine science-fiction avec 2001 Odyssée de l'Espace, film le plus ambitieux avec ses perspectives métaphysiques miraculeuses.
Avec Barry Lyndon, le raffinement, la décoration le remettent au premier rang.
Marisa Berenson joint de New York au téléphone : "C'était un homme très perfectionniste et passionné et il voulait que tout le monde soit aussi parfait et passionné par ce qu'on faisait que lui."
Kubrick était tout à la fois : réalisateur, auteur et producteur.
Il était né en 1928 aux Etats-Unis mais avait choisi l'Angleterre pour vivre.
Shining, le Docteur Folamour, Full Metal Jacket furent ses autres succès.
Depuis 2 ans, il préparait dans le plus grand secret Eyes Wide Shut avec Nicole Kidman et Tom Cruise.
Ce devait être l'événement cinématographique de la fin de cette année, sa mort l'a devancé.
B. Schönberg, journaliste : "Je vous propose à présent les premières réactions à la disparition de Stanley Kubrick, celle du cinéaste Bertrand Tavernier qui fut, un temps, l'attaché de presse de Kubrick."
B. Tavernier : "Il a vengé tous les metteurs en scène que les studios ont fait trimer, dont les studios ont charcuté les films, dont ils ont abîmé les oeuvres. Kubrick, par son obsession maniaque que son film soit montré comme il le désirait, comme il le voulait, il a vengé pleins de metteurs en scène.
Aller chez lui, c'était une sorte de, en petit parce que la maison n'était pas extraordinairement luxueuse mais c'était une sorte de Fort Knox de Xanadu, c'étaient pleins d'écriteaux "Do not enter", "No trespassing", "Beware of the dog", "Beware", "Don't touch that door", enfin il ne fallait pas toucher la poignée parce que tout était relié électroniquement à la police, c'était un enfer de protection.
Donc, j'me demande comment il a pu mourrir !"
B. Schönberg : "Et à 22h40, en hommage à Stanley Kubrick, France 2 diffusera Orange Mécanique, une première diffusion à la télévision."

(en fait c'est Canal + qui l' a diffusé pour la première fois, c'était le 14 novembre 1996)

Journal de 20 h de TF1    - dim 07 mars 99 -   durée : 3mn50
C. Chazal, journaliste :"...qu'ils soient par la violence, Orange Mécanique ou par leur recherche formelle comme pour 2001 Odyssée de l'Espace, on vient d'apprendre sa mort à l'âge de 70 ans, dans un coin de Bretagne (elle voulait dire Grande Bretagne bien sûr) où il vivait presque reclu.
Bénédicte Duran : "Quelques clichés volés sur le plateau de son dernier film; un tournage fleuve de presque 3 ans, mystère opaque, rumeurs extravagantes, le 14 ème film
(c'est en fait le 13 ème) du cinéaste ne démentait ni sa légende ni l'intérêt que lui portait le monde du cinéma.
Si peu de films en 40 ans de carrière. Le soin qu'apportait Stanley Kubrick à chacune de ses oeuvres était quasi maniaque. Il faut croire que les chefs-d'oeuvre sont à ce prix.
Premier grand succès, les Sentiers de la Gloire avec Kirk Douglas, un pamphlet sur l'absurdité de la Guerre de 14 et une façon de filmer les combats qui pourrait en remontrer aux meilleurs d'aujourd'hui.
Stanley Kubrick n'a peur de rien et surtout pas de ce qui sent le soufre : son adaptation au cinéma en 62 du célèbre roman de Nabokov, Lolita, fait scandale; elle demeure aujourd'hui un des classiques du cinéma.
Loufoque et caustique avec le Docteur Folamour, il réalise en 68 un autre morceau d'anthologie, 2001 Odyssée de l'Espace. Film visionnaire, entre science-fiction et métaphysique, qi n'a pas pris une ride et dont les images symboliques, énigmatiques fascinent toujours.
Encore une réflexion sur la violence contemporaine et urbaine cette fois, Orange Mécanique en 71. Encore une oeuvre scandaleuse et dont la pertinence continue de faire froid dans le dos.
Au milieu de tout cela, Barry Lyndon comme une miniature de raffinement : pour les scènes d'intérieur tournées uniquement à la lumière des chandelles, Kubrick avait fait fabriquer des caméras spécialement adaptées.
Comment croire que le même réalisateur sera 5 ans plus tard derrière le visage halluciné de Jack Nicholson tiré d'un roman de Stephen King. Shining est un des must du film d'épouvante.
Son dernier film, Full Metal Jacket sera aussi un coup de poing dans l'estomac. Encore un grand classique du film de guerre, sur le Vietnam cette fois.
Après 12 ans d'absence, le retour du Maître faisait donc figure d'événement, ce fameux film Eyes Wide Shut sortira très probablement cet automne. Plus mystérieux que jamais, Stanley Kubrick, lui, aura déjà tiré sa révérence.
Kubrick : "Toute personne qui a eu le privilège de diriger un film sait que même si son travail équivaut à essayer d'écrire Guerre et Paix dans une auto-tamponneuse, dans un parc d'attractions, quand il a finalement réussi, il y a peu de joies au monde qui peuvent égaler ce sentiment !"
C. Chazal : "Et parmi les premières réactions à la mort de Stanley Kubrick, celle bien sûr d e Catherine Deneuve qui était tout à l'heure l'invitée de Michel Field, elle a parlé de dimanche noir; celle aussi de Marisa Berenson. Ecoutons-les :
C. Deneuve : "J'arrive pas à imaginer qu'il soit mort d'autre chose que du coeur. J'imagine que c'est quelqu'un qui devait être, je sais qu'il tournait beaucoup, que les acteurs avaient beaucoup de mal à tourner avec lui, c'est quelqu'un qui demandait énormément, qui recommencait, qui pouvait tourner jusqu'à 100 prises donc j'imagine quelqu'un de peut-être stressé, de stressant aussi donc je ne sais pas pourquoi, j'imagine un coeur qui lâche plutôt, oui.
Marisa Berenson par téléphone : "C'est quelqu'un qui a marqué beaucoup ce 7ème art et qui avait toujours une vision tellement en avance sur son temps, qui était tellement passionné par ce qu'il faisait, qu'il y avait à l'intérieur de lui tellement de mystères et de choses, on ne sait pas ce qui se passait à l'intérieur de sa maison, c'était très mystérieux."


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Hommage de Frédéric Mitterand - France 2 - dim 07 mars 99  22h40 - durée : 3mn40
"...Avec Stanley Kubrick, c'est un géant de l'histoire du cinéma qui disparait. Sa puissance, son lyrisme, ses préoccupations morales mais aussi son perfectionnisme obsessionnel le tenaient en marge de l'industrie américaine du cinéma.
Mais sa réputation, son prestige ainsi que ses succès publics lui permettaient de poursuivre son oeuvre avec tous les moyens nécessaires.
Il n'est pas une star qui aurait osé refuser de tourner avec lui, même si chaque tournage était une odyssée éprouvante où il déployait une exigence terrible et mémorable.

Parmi les images du siècle qui s'achève, certaines des plus inoubliables sont dues à Stanley Kubrick.
Les mutins de la Guerre de 14 dont on a tant parlé récemment avec Les Sentiers de la Gloire, la teenager allumeuse de Lolita d'après Nabokov qu'il sut mettre en scène sans trahir le génial écrivain russo-américain.
Le savant fou de Docteur Folamour au passé nazi qui renaît automatiquement.
Les stations spatiales et l'ordinateur qui meurt de 2001 Odyssée de l'Espace sur fond de valses de Strauss.
Et tant d'autres qui le placent aux côtés d'Orson Wells, Federico Fellini ou Ingmar Bergman.
Ce soir, fidèle à sa mission de service public, France 2 présente, pour la première fois, Orange Mécanique qui provoqua un véritable séisme lors de sa sortie en 1971. Cannes en folie et 7 millions de spectateurs dans les salles en France.
Le film est une hallucinante méditation sur la violence urbaine inspirée par Anthony Burgess.
Certaines séquences sont éprouvantes même si l'on a vu bien pire depuis près de 30 ans.
Mais elles ont leur nécessité propre et paraissent singulièrement prémonitoires de ce que nous subissons souvent au journal de 20h par exemple.
Chez Kubrick, il est incontestable que la représentation de la violence a un sens précis et qu'elle sert à étayer un raisonnement social et moral particulièrement convaincant.
Le film est de surcroit profondément révélateur du style de Kubrick : rigueur de la direction d'acteur où Malcolm McDowell est stupéfiant, bande-son qui utilise divers extraits de musique classique avec un sens inouï des perspectives historiques et culturelles, sens prodigieux du cadre rappelant que Kubrick était à 20 ans l'un des photographes majeurs du prestigieux magazine Look.
Regardez bien Orange Mécanique : vous verrez comme le cinéma entre les mains d'un créateur tel que Stanley Kubrick perçoit et annonce le fonctionnement de la société occidentale d'aujourd'hui."

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Emission spéciale sur France 3. - 10 mars 99 -   durée : 15 mn
présentée par le journaliste Marc Autheman avec comme invité Patrick Brion suivi de la projection de "2001 l'Odyssée de l'Espace" en version originale
M. Autheman : "Dans l'une des très rares interviews qu'il a accordé, Stanley Kubrick avait expliqué un jour que pour lui, le cinéma devait être un peu comme de la musique, un rythme, des sentiments, des atmosphères.
Il ajoutait :"la signification du film doit venir plus tard, le lendemain après, une semaine, un mois ou même une année."
C'est sans doute la plus parfaite définition de ce "mystère Kubrick", de ce réalisateur qui laisse donc 12 films qu'il revendique et un 13 ème encore secret, encore plus attendu que les précédents .
Stanley Kubrick était un cas véritablement unique; il a disparu dimanche dernier à l'âge de 70 ans.
Il laisse sans doute le cinéma un peu perdu devant ce vide, un itinéraire exceptionnel que Richard Tripot évoque tout de suite pour nous.
extrait de Full Metal Jacket
Stanley Kubrick, en témoin impitoyable d'un siècle de guerres, de violences, de rêves et de folies.
S'il filme dans les années 80 la guerre au Vietnam, c'est pour s'en servir de toile de fond afin de dénoncer la barbarie au coeur de l'humanité.
extrait de 2001 l'Odyssée de l'Espace
Mais celui qui s'attaque aux folies de ses contemporains est aussi un visionnaire qui s'interroge sur les limites des conquêtes humaines, celle de l'espace et de l'intelligence artificielle.
extrait de Barry Lyndon
Enfin, lorsque Stanley Kubrick se tourne vers le passé, il met son génie à révéler les cruautés humaines et les luttes mortelles pour le pouvoir derrière une guerre en dentelles du XVIII éme siècle.
Perfectionniste et secret, ce cinéaste parlait peu, il observait, posait des questions et témoignait.
Pour lui, le cinéma était d'abord une suite de sentiments et d'atmosphères.
déclaration de Stanley Kubrick en mars 98 :
"Tous ceux qui ont eu le privilège de réaliser un film savent bien bien que cela équivaut à écrire Guerre et Paix dans un grand bruit de fête foraine. Peu de joies dans la vie égalent le sentiment de l'avoir mené à bien."
extrait d'Orange Mécanique
Entre la brutalité des individus et celle de la société, Stanley Kubrick n'a cessé de revisiter notre monde avec une rare énergie.
extrait du Docteur Folamour
Et lorsque le Docteur Folamour achève sa farce paranoïaque sur la bombe atomique, le cinéaste nous montre qu'il pouvait aussi mettre un humour ravageur au service du désespoir.
M. Autheman :"Voilà, une émission spéciale en compagnie de Patrick Brion. Bonsoir. Il faut préciser, vous êtes le Monsieur Cinéma sur France 3, la voix aussi du Cinéma de Minuit et l'un des meilleurs spécialistes du cinéma américain en France. Alors quand on écoute cette déclaration, on va dire, parce que ce n'est pas vraiment une interview, cette déclaration de Stanley Kubrick tout à fait exceptionnelle, il n'en a accordé pratiquement aucune, finalement il parle de sa joie de tourner, de son plaisir, ce n'est pas du tout un misanthrope comme on a dit depuis deux jours.
P. Brion :"Non, non ce n'est pas un misanthrope. C'est un homme qui avait énormément d'humour. Les gens qui l'ont rencontré ont toujours signalé son humour. C'est un homme qui aimait tourner. Ce n'est pas parce qu'il tournait peu..."
M. Autheman :"Mais c'est un homme secret évidemment !"
P. Brion :"C'est un homme qui avait des manies, on sait très bien..."
M. Autheman :"Oh ben plus que des manies !"
P. Brion :"Il savait piloter les avions, il n'aimait pas prendre l'avion. Il interdisait à son chauffeur de rouler à plus de 50 km/h."
M. Autheman :"Il vivait dans sa cave, on dit, mais tout ça c'est un peu des rumeurs puisque évidemment ce sont des témoignages un peu indirects !"
P. Brion :"Oui, mais comme tous les grands cinéastes, il y a une espèce de décor dans lequel ils aiment évoluer. Les uns avaient des bottes, des casquettes, des gants blancs; d'autres jouaient sur une espèce de mégalomanie, ça fait partie du jeu !"
M. Autheman :"On l'a accusé d'être mégalomane !"
P. Brion :"La presse parle de vous comme ça, oui. "
M. Autheman :"Mais on l'a accusé d'être mégalomane, d'admirer finalement Napoléon, paraît-il, il était le seul personnage qu'il admirait vraiment."
P. Brion :"Oui, il avait toujours voulu tourner un film que malheureusement on ne verra pas."
M. Autheman :"Alors, si on cherche à définir son génie, qu'est-ce que l'on pourrait dire, qu'il innovait finalement, qu'il avait osé à chaque fois plus de choses ?"
P. Brion : Oui, je crois que c'est quelqu'un d'essentiellement moderne et qui à chaque fois étonne. Quand on voit quelques plans d'Orange Mécanique, Orange Mécanique est tourné en 71, c'est la fin en fait du cinéma anglais libéré de Carnaby Street, des Beatles, des filles aux grandes jambes et aux jupes très courtes. Et qu'est-ce qu'on voit à ce moment-là ? Kubrick tourne Orange Mécanique qui est le contraire de tous ces films qu'on a vu sympathiques signés Richard Leister ou autres; c'est un film qui montre que la société britannique n'est pas du tout une société permissive mais une société répressive et que c'est une société qui nie les droits de l'homme !"
M. Autheman :"Alors, Patrick Brion, il faut parler aussi de ce fameux, on va dire, 13ème film, donc déjà le chiffre est tout à fait étonnant et puis ce titre "Les Yeux Grands Fermés".
Alors pour quelqu'un qui ne laissait jamais rien au hasard, c'est un titre aussi qui sonne un peu comme un testament, on pourrait dire !"
P. Brion :" Oui, je crois que chez Kubrick, tout est toujours très révélateur, très symbolique. Rien n'est le jeu du hasard. Quand on tourne aussi peu, quand on tourne avec le soin, la méticulosité qu'il a, tout est important. Bon on sait en fait très peu de choses..."
M. Autheman :"On sait qu'il est fini, ce qui est important."
P. Brion :"Oui, il y a un pré-montage qui a été montré aux Etats-Unis. Les dirigeants de la Warner étaient, paraît-il, contents. Kubrick leur a dit :"le film n'est pas parfait, il faut que je fasse quelques aménagements." Ce qui a dû les inquiéter terriblement."
M. Autheman :"Enfin, ils avaient l'habitude, les gens de la Warner, il faisait ça toujours"
P. Brion :"Oui, parce que la spécialité de Kubrick, c'était immédiatement de se remettre au travail.
On sait que sur le dernier film, il a changé une des actrices; il a changé Jennifer Jason Leigh, qui avait un rôle important, pour la remplacer, c'est une habitude..."
M. Autheman :" Alors ce qui alimentait sa paranoïa, on peut dire, c'est que ce film était entouré d'un tel secret que depuis des mois, il y a des paparazzis qui ont passé des semaines juste autour des studios où ça se tournait et puis sur Internet aussi où là évidemment tous les fans ont pu échanger des informations. Alors justement, on va regarder parce que Jean-Jacques Peyraud s'est promené un peu sur Internet et il a trouvé beaucoup de sites (malheureusement, il n'y a pas le mien ! NDLR) consacrés évidemment à la vie et l'oeuvre de Stanley Kubrick
J.J Peyraud :(site www.geocities.com/Sunset5trip) "une des dernières photos de Kubrick prise à la fin du tournage de son dernier film."
(site pages.prodigy.com/kubrick/bts-ews.htm) 3 autres clichés dont l'un en compagnie de Tom Cruise circulent depuis plusieurs semaines sur le web.
(site www.movie-page.com/1999) On y voit même l'affiche ou en tout cas un projet d'affiche d'Eyes Wide Shut.
(site www.allocine.fr/actus) Le film devrait sortir le 16 juillet aux Etats-Unis, précédé d'un long cortège de rumeurs sur les péripéties d'un tournage qui a duré près de 2 ans.
(site www.hollywood.com/news) Les sites de la presse spécialisée décrivent même la bande annonce que Kubrick aurait livré à la Warner, la veille de sa mort.
(site www.doc-h.demon.co.uk) Cet homme si mystérieux dont les photos sont rares, est depuis longtemps sur le Net l'objet d'un véritable culte rendu par des admirateurs qui célèbrent son talent de visionnaire.
(site www.palantir.net/2001) Ils ont même fêté, il y a 2 ans, le 20 ème anniversaire de HAL, l'ordinateur doué de paroles de 2001, l'Odyssée de l'Espace. Les informaticiens ne l'ont pas encore réalisé mais ils en rêvent toujours.
M. Autheman :"Alors, premier constat : les fans sont souvent jeunes, enfin, je veux dire, ils sont nés bien après les films de Stanley Kubrick."
P. Brion :" L'important, c'est qu'ils n'ont pas vieilli du tout. Orange Mécanique est aussi moderne, aussi malsain, aussi gênant qu'il pouvait l'être au moment de sa sortie. D'habitude, souvent les films des grands cinéastes peuvent vieillir ou autre, être datés parce qu'ils sont ancrés dans la réalité."
M. Autheman :"Il était obsédé par le vieillissement de ses films."
P. Brion :"Oui, on a l'impression que les films de Kubrick sont en avance, donc en fait ils ne se démodent pas du tout. La ressortie, il y a quelques années, d'Orange Mécanique, a été une révélation pour une génération nouvelle qui théoriquement aurait dû être gênée par un vieux film."
M. Autheman :" Patrick Brion, est-ce que vous avez des informations, ce soir, sur la sortie éventuelle de ce 13 ème film à Cannes, au Festival ?"
P. Brion :"D'après Internet...
M. Autheman :"Il avait d'ailleurs des rapports difficiles avec le Festival de Cannes, ça s'est passé plus ou moins bien."
P. Brion :" A Cannes, il y a des gens qui se méfient toujours de l'accueil. Mais enfin Kubrick à Cannes ne risquait rien, je crois. Ben, c'est prévu, d'après Internet, c'est toujours prévu pour le 16 juillet aux Etats-Unis."
M. Autheman :"Donc ça confirme bien que ce film est tourné et peut-être à Cannes alors ? parce que ça on ne sait pas encore pour l'instant; on sait simplement que Gilles Jacob essaie évidemment d'obtenir...
P. Brion :"Tout dépend comment est le pré-montage, s'il n'y a pas des masses de plans non montés dans un coin. Enfin Kubrick a ses monteurs habituels; ils doivent savoir ce qu'il voulait. Il y a un scénario. Il y a en fait beaucoup moins de déchets et de déperditions qu'on croit même dans le cas comme de 2001.
J'ai eu en main le scénario du tournage de 2001 : il y a une partie qui manque mais le scénario correspond beaucoup..."
M. Autheman :" Ce qu'il faut préciser aussi, c'est qu'il était économe dans ses tournages, ce n'était pas du tout quelqu'un qui dépensait des sommes astronomiques, il faisait attention à la dépense.
Ses budgets était finalement relativement limités pour ce genre de production et il tournait lui-même aussi beaucoup de scènes, on l'a vu d'ailleurs au début de l'émission, on le voit à un moment tourner pour Full Metal Jacket. Il tournait lui-même les images.
P. Brion :"Au début, ses films étaient bon marché. Ensuite, ils sont devenus un peu dispendus, surtout le tournage a été très long. Quand on sait le temps que prend un tournage, il coûte aussi cher en Angleterre qu'aux Etats-Unis."
M. Autheman :"Et puis, autre information, ce n'est pas un auteur, il adapte des livres, en fait. C'est d'abord un homme fou d'images finalement."
P. Brion :"Oui, mais on peut être un auteur en adaptant Arthur Clarke ou Nabokov !"
M. Autheman :"Il a toujours cherché à adapter des livres, son travail est quand même autour, à chaque fois, de cette démarche."
P. Brion :"Pas toujours mais quand on est un grand auteur, on peut prendre un grand roman et essayer de le modeler à sa manière."
M. Autheman :"Alors, on va écouter maintenant quelques réactions évidemment de metteurs en scène et de comédiens, essentiellement aux Etats-Unis. Et là aussi dans ces réactions, on perçoit à quel point ce cinéaste laisse aujourd'hui un vide formidable dans le cinéma."
P. Brion :"C'est un géant !"
réaction de Brooke Shields : "Je voudrais dire que nous sommes beaucoup de sa famille et que ce sont les grands qui font l'attrait de notre métier. Quand on voit l'un de ces grands disparaître, c'est très triste."
réaction de Brenda Blethyn : "Je n'ai jamais travaillé avec Kubrick mais je pense que c'était une légende et je suis très triste et je pense à sa famille."
réaction de James Coburn : "Je pense à tout ce qu'il nous lègue et aux innovations qu'il a apporté au cinéma."
réaction de Roberto Benigni : "Les réalisateurs et les acteurs sont des gens qui rêvent pour nous et il faisait ses films avec le langage des rêves, c'est très rare et on lui doit beaucoup.
M. Autheman :"Alors, j'ajoute une autre réaction, c'est Steven Spielberg hier qui a dit :"Finalement, on a tous cherché à l'imiter. Est-ce qu'il y a véritablement aujourd'hui des héritiers, en un mot, vraiment des gens qui se revendiquent de Stanley Kubrick ?"
P. Brion :"A l'imiter, je ne pense pas artistiquement mais à l'imiter commercialement, c'est-à-dire qu'ils ont réussi à devenir producteur et c'est sûr que Kubrick a été un de ceux qui est parvenu : il a commencé par des films à tout petit budget, un film de guerre, deux polars et il est devenu son propre producteur."
M. Autheman :"Et il défendait son indépendance !"
P. Brrion :"Au lieu d'être un valet aux ordres d'une grande compagnie, il faisait ce qu'il voulait avec la Warner."
M. Autheman :"Alors, on en vient maintenant à 2001, donc que l'on va diffuser dans quelques instant sur France 3. C'est vraiment un tournant dans sa carrière, c'est une consécration en fait !"
P. Brion :"Oui, il faut se remettre là où on allait : il commence à travailler sur le film en 1965; le film va sortir en 1968. A ce moment-là, il n'y a quasiment plus de films de science-fiction aux Etats-Unis. Toute la grande période qui était celle de Destination Lune, de Planète Interdite, du Jour où la terre s'arrêta, de la Guerre des Mondes,est finie. Il n'y a plus d'anti-communisme, donc c'est réglé de ce côté-là. Qu'est-ce qui se passe ? L'Amérique est en guerre. Au moment où sort le film, je crois que c'est en avril 1968, Martin Luther King a été assassiné quelques jours plus tôt, Robert Kennedy va être assasinéun peu plus tard, Johnson a annoncé qu'il ne se représenterait pas; on est donc dans une Amérique qui va très mal, on est en pleine guerre du Vietnam, les cinéastes essaient d'imiter Antognoni, Bergman, enfin tous les européens qui sont à la mode et lui au contraire, qu'est-ce qu'il fait ? Il envoit les gens dans le cosmos !"
M. Autheman :"Mais c'est un projet fou parce qu'au départ, il a quasiment l'intention de raconter l'histoire de l'humanité, du début jusqu'au futur !"
P. Brion :"C'est l'histoire de l'humanité avec en même temps des espèces de clés extrêmement curieuses, il y a des clés dans ses films, vraies ou pas vraies, on a raconté par exemple que le robot, enfin l'ordinateur qui s'appelle HAL, H.A.L on a dit que c'était en fait IBM parce que si vous ajoutez une lettre à H ça donne I, etc..."
M. Autheman :"Et puis on a parlé aussi de connotations beaucoup plus, on va dire, littéraires : on parle de Nietsche aussi, enfin de références, la musique de Strauss..."
P. Brion :"En plus, on sait que le monolithe qu'on voit, bon, il a une formule mathématique à exciter les mathématiciens : 1 qui multiplie 2 au carré qui multiplie 3 au cuble, 1 X 4 X 9; il y a des gens que ça excite beaucoup."
M. Autheman :"C'était un passionné d'échec, il faut le rappeler aussi."
P. Brion :"Absolument ! Ca vient peut-être de la cabale ou de choses comme ça et en plus il est directement inspiré à la fois des grandes pierres du cercle de pierre de Stone Age et de la Pierre Noire de la Mecque; tout se tient avec Kubrick !
M. Autheman :"Juste un dernier mot pour apprécier, j'allais dire, encore un peu plus la qualité de ce film, c'est qu'il a révolutionné le tournage à l'époque puisqu'il va inventer des méthodes de tournage, il va travailler avec la NASA, il va inventer des optiques."
P. Brion :"Oui, aujourd'hui ça semble très facile. Depuis on a vu la Guerre des Etoiles, Rencontre du 3 ème Type, les Star Trek au cinéma, Abyss, Alien, on est habitué. A ce moment-là, pas du tout ! Le choc qu'a pu être en 1968, il faut bien se remettre ça, quand on était à l'Empire, un cinéma qui n'existe plus Avenue de Wagram, et que l'on découvre 2001, l'Odyssée de l'Espace, c'est un des grands chocs, comme c'était à chaque fois un choc d'ailleurs quand on voit un film de Kubrick, comme sera le prochain certainement !"
M. Autheman :"Merci beaucoup Patrick Brion. J'ajouterais juste un petit mot : c'est grâce à vous que ce film est sur France 3 puisque vous avez acheté un certain nombre de films et on dispose d'un certain nombre de films en catalogue sur France 3."
P. Brion :"Il faisait partie d'un cycle du Cinéma de Minuit consacré à la vision du cinéma sur le futur qui aura lieu dans quelques semaines mais sans 2001, puisqu'on le verra ce soir !"
M. Autheman :"très bien, merci beaucoup en tout cas, on vous laisse maintenant en compagnie de Stanley Kubrick et de 2001, l'Odyssée de l'Espace. Bonsoir !"

générique de fin - musique de Full Metal Jacket -

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Documentaire "A la recherche de Stanley Kubrick" - Canal + - 1er septembre 99 -
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Copyright © 1999 Thierry Roy