Anecdotes et témoignages

* Malcolm McDowell à propos de Stanley Kubrick :
....- "S'il avait pu trouver le moyen de tourner un film sans acteur, il l'aurait fait. Il y est arrivé dans 2001, grosso modo. C'est quand il contrôlait tout que ça lui plaisait le plus.
Je lui disais parfois : Stanley, c'est toi le metteur en scène, c'est à toi de me dire ce que je dois faire.
Il me répondait : je ne suis pas prof d'art dramatique.
....- C'était un très mauvais directeur d'acteur, aussi étrange que ça puisse paraître. Il ne comprenait pas les gens, il n'y a qu'à regarder ses films. (note de votre Serviteur : il est dur le Malcolm !)
....- Il s'angoissait à l'idée que les acteurs ne sachent pas leurs textes.

* Malcolm McDowell à propos du film :
....- "En revoyant le film, je suis capable de distinguer les scènes que j'ai tournées à la fin du film de celles que j'ai faites au début parce que, entre temps, j'ai pris 10 ans !
....- "Je me souviens avoir dit : j'ai fait des choses dans ce film que je ne referai jamais !
....- "Je ne remettrai plus jamais ces écarteurs de paupières, plus jamais. La douleur était insupportable: j'avais l'impression que quelqu'un me faisait ça avec une lame de rasoir, c'était atroce. Je me tapais littéralement la tête contre les murs, je devenais dingue.
J'ai appelé le médecin. Il est arrivé, m'a fait une piqure de morphine et m'a mis un pansement sur l'oeil.
Je prends l'ascenseur, les portes s'ouvrent et je tombe sur Stanley qui fait : Oh, oh !
Je lui dis : Stanley, je rentre !
Kubrick regarde sa montre et dit : "Ah bon ? OK ! Comment ça va ?"
Mal, Stanley ! J'ai encore la cornée arrachée. Heureusement là (Malcolm montre l'oeil gauche), je ne sens rien grâce à l'anesthésie.
Il me dit : "d'accord, attends et si on tournait avec l'autre oeil ?"
Je lui ai dit : "Kiss my ass ! (...)"
....- "Je me souviens que je passais en voiture à Amersmith quand tout à coup, j'ai vu un gang portant des chapeaux melon blancs. Je m'suis dit : bon sang, ça doit être pour faire comme dans le film, je n'en revenais pas.
Orange Mécanique n'était sorti que depuis une semaine et il était déjà copié; je me suis dit : c'est que ça doit être un bon film ! J'en ai même parlé à Stanley, je lui ai dit : s'ils se promènent en costume blanc et en chapeau melon, ça va simplifier le travail de la police ! D'ailleurs, ça lui a fait un peu peur quand il a lu que le type qui avait tenté d'assassiner le gouverneur Wallace, en Alabama, avait vu Orange Mécanique !
(infos extraites de l'excellent documentaire "A la recherche de Stanley Kubrick" diffusé sur Canal+ le 01/09/99 à 21h00)

* Hollywood avait acheté les droits d'Orange Mécanique depuis les années 60.
En 1970, Burgess apprend sur la route que Stanley Kubrick réalise le film.
Malcolm McDowell : "Il n'était absolument pas impliqué dans le film. Stanley n'aimait pas fraterniser avec un autre artiste du tout. J'ai demandé si on verrait Anthony Burgess mais il a dit :"Je ne veux pas de lui ici."
J'avais toujours le roman d'Anthony Burgess avec moi et je le lisais en soulignant les choses concernant la scène que je tournais. Le film copie beaucoup le livre."

Burgess modifie le poster d'Orange Mécanique et remplace le nom de Kubrick par le sien qui n'y figurait pas. Cependant, Kubrick envoit Malcolm McDowell et Burgess aux USA recevoir les oscars: c'est ainsi seulement que Burgess devient associé au film.

Malcolm McDowell : "Anthony et moi sommes allés à New York. Il est descendu à l'Algonquin, parce que c'est l'hôtel des grands écrivains. J'ai passé une semaine merveilleuse car c'est un très grand conteur. Nous nous sommes beaucoup amusés. Nous étions là-bas pour recevoir le prix du New York Film Critics et Anthony venait au nom de Stanley Kubrick.
Anthony Burgess s'est levé et a dit :"J'ai été envoyé par Dieu...euh...Stanley Kubrick pour recevoir ce prix." Et bien sûr, tout le monde a éclaté de rire."

Le film crée un scandale à sa sortie en Grande-Bretagne et aux USA: on le rendra responsable de violences. Aujourd'hui encore, il est retiré de la distribution en Grande-Bretagne par Kubrick.
Anthony Burgess est lui-même accusé d'être à l'origine de meurtres. Il est hanté par le film.
A. Burgess : "J'ai été associé à la violence à cause du film. Si deux nonnes étaient violées à Berrycomtweed, un journaliste m'appelait : "M. Burgess, vous ne vous sentez pas un peu responsable ?"
A. Burgess : "Stanley, ils ne t'appelaient jamais parce que tu sais te planquer. Et c'était comme ça dans le monde entier. Je suis devenu expert en violence alors que je n'y connaissais rien."

Malcolm McDowell : "Je me souviens, à la sortie du film, de tous les articles écrits par les gens de gauche...Ils ne pouvaient pas s'empêcher de bien aimer le personnage qui passait son temps à violer, frapper et Dieu sait quoi...
Mais on finit par le plaindre, pour une seule raison : c'est que la grande question est le droit de choisir. Si quelqu'un est mauvais, qu'il reste mauvais. Cela vaut mieux que de modifier son cerveau et d'en fait un automate. Voilà de quoi il s'agit et c'est ce que Burgess a écrit. Il l'a écrit brillamment et l'a transposé en une histoire géniale."
(extrait de l'émission ''Un siècle d'écrivains'' du 18/06/97 sur France 3)


Copyright © 1999 Thierry Roy
date de création : 04 septembre 1999
date dernière mise à jour : 31 décembre 2000